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Faut-il une loi pour organiser L’islam ?

Publié le : dans la catégorie : Interviews

TABLE RONDE L’Humanité des débats (Vendredi 7, samedi 8 et dimanche 9 décembre 2018). Les réponses des Emancipé-e-s

RAPPEL DES FAITS Le projet d’une réorganisation de l’islam en France se précise. Une réforme en cours de discussion étudie plusieurs pistes d’amélioration dont le contenu est ici à la fois éclairé et problématisé.

L’Humanité : On se souvient que la formation et la rémunération des imams furent évoquées. La transparence des financements, le fonctionnement des associations culturelles, la représentativité... figurent parmi ces chantiers. Quels leviers faut-il privilégier pour opérer ces changements : le bon sens, le bon vouloir des différentes parties, la voie législative ?

STEPHANIE ROZA - Mohand BAKIR Depuis le temps que dure l’ambiguïté de l’État dans son approche du culte musulman, la circonspection est de règle s’agissant de telles initiatives. Rappelons qu’à l’époque de la colonisation, l’islam était exclu des dispositions de la loi de 1905 : c’était une religion sous tutelle publique. Jusqu’à aujourd’hui, on a le plus grand mal à le traiter comme un culte comme un autre dans la République. Il est trop étroitement lié aux questions postcoloniales et migratoires ; le concernant, on a toujours tendance à marginaliser les courants laïques. Avec ce projet, s’agit-il de clarifier la place de l’islam ou de faire face à l’islamisme ? C’est là une clarification préalable nécessaire. S’il s’agit de l’islam, la réponse reste que la spiritualité relève du strict domaine privé. L’État n’a pas à la régir : c’est l’esprit même de la loi de 1905. Mais, s’il s’agit de l’islamisme comme courant politique, de ses visées antidémocratiques et liberticides, il est clair qu’il n’a aucune vocation à être admis ou toléré dans une cité sécularisée. La conclusion simple est que la loi de 1905 suffit pour traiter la dimension cultuelle, et que les dispositions du droit commun suffisent face aux manifestations ségrégationnistes, misogynes, antisémites, homophobes et liberticides, en un mot, théocratiques, de l’islamisme.

L’Humanité : Est-ce le rôle de l'État d'intervenir, même de manière incitative, dans les réformes internes à un culte, fussent-elles nécessaires ? L’État n’est-il pas tiraillé entre sa promesse non interventionniste et sa mission, complexe, de lutter contre toutes les formes de radicalisations religieuses ?

STEPHANIE ROZA - Mohand BAKIR L’État entend-il fonder un Saint- Siège musulman ? Ou bien, prévoit-il de convoquer un concile de l’islam ? Le tiraillement de l’État est plutôt entre le respect de la loi 1905 et la mise en œuvre de sa politique arabe. Il tente de limiter la disjonction qu’il y a entre, d’un côté, un élément stable de sa politique étrangère qui, au moins de fait, tolère la mise en coupe réglée de pays entiers sur le plan religieux, voire crée une alliance avec l’islamisme (salafisme saoudien par exemple) et, d’un autre côté, les réponses qu’appelle l’entrisme du projet théocratique islamiste dans la cité. Comment concilier le fait de voir l’islamisme comme un horizon indépassable pour les musulmans de par le monde et celui de chercher à écarter ce même horizon pour les Français musulmans ? Comme toute autre religion, l’islam n’est pas un bloc monolithique. Dans son histoire comme dans sa contemporanéité, il porte des lectures contradictoires. Il connaît ses éléments de lumières, comme il charrie des éléments d’obscurantisme. Mais tant que ces composantes se manifestent dans la sphère privée, il n’y a nul besoin d’intervention étatique. Lorsqu’il y a débordement sur la sphère publique, l’État doit mobiliser, sans jeu politicien, le potentiel coercitif du droit commun. Il n’a donc ni à encourager le « bon islam » ni à disqualifier le « mauvais ». Son rôle se borne à maintenir l’ordre public. Les limites des démarches concordataires sont visibles dans l’extension de l’influence du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et dans le renforcement de la domination frériste sur le Conseil français du culte musulman (CFCM). Ce sont là les résultats des précédentes réorganisations de l’islam en France.

L’Humanité : Comment observez-vous la révision possible de la loi de 1905 (via la réécriture de certains de ses articles) sur la séparation des Églises et de l’État ? Cette possibilité vous apparaît-elle comme un gain ou comme une dégradation en matière de laïcité ? La loi de 1905 ne se suffit-elle pas à elle-même ?

STEPHANIE ROZA - Mohand BAKIR Y a-t-il lieu à révision de la loi de 1905 ? La question n’est-elle pas, au contraire, d’aller vers sa pleine application, qui appelle une plus grande affirmation du rôle social de l’État ? Il faut aussi sortir des régimes dérogatoires de l’Alsace-Moselle. N’est-ce pas sur ceux-ci que se fonde la charge de ministre des Cultes qu’assume le ministre de l’Intérieur d’un État laïque ? Et c’est sur ces exceptions que s’appuient toutes les revendications de révision de la loi. Mais réviser la loi, pourquoi faire ? Pour réparer « le lien abîmé avec l’Église » ou pour affirmer « le retour de sa fille aînée » ? Il est plutôt attendu de la France qu’elle assume la vocation universelle des valeurs fondatrices de sa République. Qu’elle les assume et les traduise dans sa politique étrangère. Et qu’elle cesse de les sacrifier aux intérêts que lui font miroiter les théocraties du Golfe et des régimes inféodés à l’internationale islamiste.

ENTRETIEN REALISE PAR NICOLAS DUTENT

 

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