En quoi la laïcité permet-elle de faire vivre l’égalité  ?

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Dans les discours et dans les actes.

En quoi la laïcité permet-elle de faire vivre l’égalité  ?

Contribution au débat (extrait) organisé par L’Humanité le 8 Janvier 2018,

 

Rappel des faits
Alors que l’on vient de célébrer les 112 ans de la loi de 1905, les débats restent vifs à propos de la définition de la laïcité, en lien avec les réalités sociales.
Valentine Zuber, Directrice d’études à l’École pratique des hautes études (Ephe), Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène, Rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Stéphanie Roza, Chercheuse au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française, Jean-Paul Scot, Historien.

Stéphanie Roza, membre du collectif initiateur de l’appel « lier le combat laïque au combat social, fédérer le peuple »
Laïcité ! Un terme qu’on n’a peut-être jamais autant employé dans le débat public, et qui, comme bien d’autres dans la confusion idéologique ambiante, est trop souvent mésinterprété, galvaudé, ou tout simplement incompris. Jadis catholique militante, l’extrême droite française, suivie sur ce point par un ex-premier ministre socialiste, voudrait maintenant récupérer ce label pour en faire une machine de guerre contre les musulmans de France. De son côté, une certaine gauche, focalisée sur ce détournement, voit la laïcité comme une sorte de bombe qu’il faudrait désamorcer en lui accolant des adjectifs (laïcité « ouverte », « plurielle », etc.), quitte à dénaturer son contenu. Certains de ces étranges laïques, préférant désormais à la lutte antiraciste celle contre « l’islamophobie », semblent avoir oublié les dangers pourtant bien réels des projets théologico-politiques.
La laïcité, on le sait, consiste à tracer une ligne de démarcation, d’abord juridique et matérielle, entre ce qui relève des religions et de l’Etat. Elle induit, c’est incontestable, une hiérarchie entre les deux sphères, puisque la loi qui garantit (en principe !) l’égalité entre les citoyens prime sur toute autre. Par conséquent « la République assure la liberté de conscience » (loi de 1905), mais dans le cadre de la supériorité reconnue du droit commun. Du point de vue de la gauche, c’est-à-dire du point de vue de l’émancipation des dominées et des dominés, cette séparation reste un puissant outil de libération. En effet, elle limite les effets des injonctions patriarcales véhiculées par les trois monothéismes à l’encontre des femmes, depuis les anathèmes sur la contraception jusqu’à la promotion de la perruque ou du voile pour cacher sa tentatrice chevelure ; elle délivre les individus des obligations rituelles, qui deviennent une option que l’on peut refuser ; dans l’éducation, elle fait primer la science et l’argumentation rationnelle sur les mythes de toutes sortes, notamment créationnistes. En cela, elle favorise l’égal épanouissement des hommes et des femmes, croyants ou non-croyants.
Toutefois, la laïcité ne peut être universellement comprise comme un levier pour l’émancipation qu’à une condition essentielle : il faut que la loi commune, qui est décrétée supérieure, tienne ses promesses, autrement dit que l’égalité, proclamée en droit, devienne une réalité dans les faits. Cette revendication d’égalité réelle, inscrite dans l’ADN de la gauche depuis sa naissance sous la Révolution française doit être le corolaire de l’exigence laïque pour toutes celles et ceux qui se réclament de ce camp politique. Le combat pour l’égalité ne peut se mener efficacement que s’il repose sur des fondements cohérents : l’égalité des conditions matérielles d’existence est une question de revenus, mais également d’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement, et enfin de libre disposition de son corps, dans les limites du respect des autres et de sa propre dignité. Il n’y a pas lieu d’opposer les combats émancipateurs les uns aux autres, ou de les hiérarchiser.
Loin de diviser les luttes, la stratégie gagnante d’une gauche de combat consistera donc à fédérer les résistances aux logiques capitaliste, patriarcale, obscurantiste et raciste. Elle doit insister sur leur commune inspiration, sans pour autant nier leurs spécificités. Comment caractériser une telle démarche, sinon comme laïque ? Rassemblons-nous pour agir dans cette perspective, signez l’appel : Lier combat laïque et combat social.
 

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