Féminisme et laïcité (http://www.resistancesociale.fr)

Publié le : dans la catégorie : Clcs

Le paysage politique dérive face à la résurgence des partis d’extrême droite qui s’emparent de la question laïque à des fins xénophobes et nationalistes en prêchant la haine et la division des citoyens. Dans le monde, la crise du modèle libéral renforce cette tendance. Les forces progressistes abandonnent le référentiel laïque  face aux accusations d’athéisme, de racisme, ou de colonialisme des groupes communautaristes, relais des Islamistes. C’est dans ce contexte que les féministes laïques s’insurgent   pour contrer la menace et la violence des intégrismes religieux et des pouvoirs politico-religieux.

 

Aucune religion ne prône l’égalité sociale, juridique et politique des femmes. Les religions ont toujours sacralisé des traditions de domination masculine en maintenant les femmes dans l’unique rôle social d’épouse, de mère, de gardienne des « valeurs ».

Mais de quelles valeurs nous parle-t-on ? Celles de l’identité, du sacré, de la pudeur, de l’ordre patriarcal traditionnel ? Si les fondamentalismes religieux nous font croire qu’ils s’opposent les uns aux autres, ils sont unanimes concernant : l’idéologisation de la religion qui ne supporte aucune critique ; l’émancipation des femmes qu’ils considèrent comme la cause de tous les fléaux. L’un n’allant pas sans l’autre, Ces fondamentalistes, qui disent lutter contre l’Impérialisme décadent, visent à asservir l'autre à soi. Néoconservateurs fondamentalement anti-laïque et anti-républicain,  ils ne cessent de remettre en cause les droits des femmes et les conquis arrachés de haute lutte depuis un demi-siècle par les féministes : droit à l’éducation,  libération sexuelle des femmes, accès à la contraception et l’avortement, orientation sexuelle, la vie publique et politique. Dans tous les pays, ils annihilent les évolutions sociétales et mutilent tout passage à la modernité. Leur souhait est de reconquérir un pouvoir politique et un imperium absolu où la religiosité archaïque et réactionnaire, voire fascisante  relève bien d’une volonté politique où patriarcat politique et pater familias règnent en maître.

En matière de droits des femmes, nous assistons à la priorisation des luttes compatibles avec le néolibéralisme. Les menaces sont aggravées par l’intensification des politiques publiques d’austérité, qu’elles soient nationales ou internationales, qui assomment les citoyennes et creusent les inégalités.

Aujourd'hui, se limiter à défendre la laïcité uniquement sur la base de la séparation du politique et du religieux, de la liberté de conscience ne suffit pas. Il faut impérativement lié le combat laïque au combat social, dans lequel s’inscrit le féminisme, pour obtenir l’égalité des sexes.

Nous devons prendre conscience de la survivance de cette emprise religieuse tant au niveau politique, social mais surtout sociétal.  La laïcité  est notre rempart,,  loi du consensus – à l’heure où nous parlons d’accommodement raisonnable, elle est, en soi un « accommodement raisonnable » comme le rappelle très souvent Chalha CHAFIK : elle permet aux libertés de continuer à exister. La laïcité soutient les libertés, l’égalité et s’articule avec le combat social (contre le racisme, le sexisme, pour l’égalité entre les sexes). Ce cloisonnement des combats défendu au niveau des politiques et des acteurs de terrain ne sert que les intérêts communs du néolibéralisme et des mouvements politico-religieux. Or si nous ne faisons pas le lien entre le combat laïque et le combat social, la DEMOCRATIE ne pourra pas se construire sur des fondements d’égalité et de l’émancipation. Si nous ne travaillons pas sur l’autonomie individuelle et collective, sur l’Universalité des Droits nous pouvons être sûr de perdre notre combat laïque.

 

Texte publié dans Journal Résistance Sociale n° 171

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